Cal

Chapitre 1
Et maintenant ? C’est vrai maintenant que tu m’as abandonné, vieux, je
fais quoi? T’avais dit que tu te trouverais une petite boutique dans la
prochaine ville. Et que moi, j’essayerais de me faire engager dans une
écurie. Mais aujourd’hui, puisque t’es plus là, je fais quoi?
Je continue. De toutes façons, j’ai pas d’autres solutions. Quand
même, nettoyer du crottin de cheval toute la journée pour un salaire de
misère, j'en ai pas trop envie. C’est pas que j’aime pas les chevaux, au
contraire, mais bon...
Tant pis, je trouverai peut-être un travail plus intéressant dans
cette ville. C’est quoi le nom? Swe... Sweet... Sweewater! Bof.
Miracle, pour une fois j’ai eu de la chance. Il y a du boulot pour moi! Et
quel boulot:
"PONEY EXPRESS
pour rallier Saint- Joseph, Missouri, à la Californie
en 10 jours ou moins
RECHERCHE
garçons jeunes et légers
dix-huit ans maximum
cavaliers expérimentés
prêt à risquer la mort quotidiennement
orphelins
de préférence.
Salaire de 25$ par semaine."
Tout à fait moi, quoi, vieux! Enfin, il y a quelque chose qui me
chagrine: "quotidiennement", est-ce que ça veut dire qu’on n’a pas de jours
de repos? Et puis la date du tract. Mais bon. Je peux toujours tenter, une
nouvelle fois, ma chance. Y restera peut-être encore une place. Surtout
qu’il paraît que le poney express, il y a de plus en plus de gens qui s’en
servent pour transmettre leur courrier. Comment tu disais, vieux? De
l’avenir. Tu disais qu’il en avait ce machin-là. Pourquoi pas.
Bien sûr que non, je vais pas me présenter comme ça, plein de sueur
et de poussière. Après ce qui c’est passé, j’aurais besoin d’un bon bain.
Une rivière, il me faut une rivière.
Dans un coin tranquille, à l’ombre d’un arbre et caché derrière des
buissons, je me regarde dans ton bout de miroir. Je l’ai récupéré avant que
l’on t’emmène.
Tu serais fier de moi, vieux. Je me suis lavé, frotté, récuré,
pendant au moins une heure. Nan, vérité vrai, j’ai jamais été aussi propre
de ma vie. D’accord, c’est pas difficile. Mais quand même, je suis redevenu
aussi blanc que de la bonne farine. Lorsque j’étais petit, tu te rappelles,
tu disais que ma figure, mes bras, mes jambes et mes fesses, y s’avaient
jamais vu le soleil. Et ben, sous la couche de crasse, j’ai pas changé. Je
ressemble toujours à un cadavre.
J’aplatis mes cheveux. Tu me les avais rasés, mais, maintenant, ils
font presque trois centimètres, tu sais.
Je suis pratiquement beau. Enfin pour toi. Je pense que c’est ce que
tu m’aurais dit. Avec mes yeux noirs, mes cheveux noirs et ma peau de lait.
Mais mes pommettes, mes clavicules et mes côtes sont un peu trop saillantes
à cause des nombreux repas que j’ai "oublié" de prendre, ces derniers
temps. C’est dommage que je sois si petit et que mes épaules ne soient pas
larges. Mais alors pas larges du tout. Tant pis, faut faire avec ce que l’on a.
A ton avis, je mets ma chemise bleue grise ou celle rouge marron? La
bleue devenue grise, t’as raison, elle est moins abîmée.
Le relais se compose de trois bâtiments: une jolie maison peinte
d’une couleur claire, une longue bâtisse en bois foncé et une écurie.
Il y a six types devant une sorte de petit corral. Le plus vieux
d’entre eux crie le plus fort, je suppose que c’est le chef.
Il ne m’a pas entendu arriver et il ne s’est aperçu de ma présence
que lorsque l’un des autres hommes m’a désigné en disant: "Teaspoon, on a
de la visite."
En se retournant , il manque de se cogner contre moi, tellement
j’ai pu m’approcher près sans qu’ils ne me voient. Ses yeux sont
différents! L’un est grand ouvert et l’autre quasiment fermé. Il porte des
bretelles roses, une couronne de longs cheveux blancs et dans sa main, un
chapeau noir.
"Tiens, je ne t’avais pas vu. Pourquoi es-tu là? Tu as quelque
chose pour nous?"
Comme tu me connais vieux, j’aime pas parler, mais là j’ai fait un effort.
"Non, je viens voir si vous engagiez encore des cavaliers... s’il vous plaît."
Il m’a répondu que peut-être, que fallait voir. Ensuite, il m’a
demandé mon nom. Alors, j’ai répondu Cal.
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