Yvonne Suhor


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Elle est Lou McCloud dans "l'Equipée du Poney Express". Une femme parmi les hommes. Si parfaitement fondue dans le décor masculin que certains en sont encore à la chercher. Malgré une surprise toute naturelle lorsqu'on lui proposa, pour la première fois, le rôle d'un homme, Yvonne Suhor pense que ce fut une occasion merveilleuse, qui lui permet dorénavant de se prêter à toutes les transformations. Est-ce cette expérience qui l'autorise aujourd'hui à soutenir que la femme n'est point l'égale de l'homme mais lui est supérieure ? Nous le lui avons demandé.
Depuis la fin du tournage aux Etats-Unis, elle est revenue à ses premières amours : le théâtre et l'enseignement. Modeste mais volontaire, discrète mais travailleuse, elle se dit ouverte à toute proposition, mais ne cache pas que son ambition ultime est le professorat. Dommage, car le public perdrait beaucoup à ne plus la voir, d'autant que, dans la vie privée, elle n'a rien d'un homme...

Cine Tele Revue : Quels souvenirs gardez-vous du tournage de "l'Equipée du Poney Express" ?
Yvonne Suhor : La vie au grand air, les couchers de soleil, les grands espaces, le calme, la nature, le ciel immense, les chevauchées à cheval... loin de Los Angeles. Des instants sublimes que je regrette énormément.
Cine Tele Revue : Est-il difficile, pour une femme, d'incarner un homme et de "viriliser" son jeu ?
Yvonne Suhor : Très difficile car j'ai dû me débarrasser de tout ce qu'il y avait de féminin en moi. Or, quand on y prête attention, il y a mille et un détails qui font que vous êtes une femme et non un homme. Déjà, j'ai dû renoncer à ma longue chevelure. Ce fut un grand choc. Puis, la façon dont je joue de mes yeux, de mon sourire, la façon de mouvoir la tête. Tout signe féminin extérieur a dû être banni.
Cine Tele Revue : Quel est l'artifice que vous utilisez pour comprimer votre poitrine et paraître un homme ?
Yvonne Suhor : Je portais quotidiennement un soutien-gorge de sport comme ceux que les femmes utilisent pour monter à cheval qui écrase la poitrine. Et, par dessus, plusieurs couches de chemises et de vestes.
Cine Tele Revue : Revoyez-vous encore vos anciens partenaires de la série ?
Yvonne Suhor : Je rencontre encore régulièrement Gregg Rainwater. Il est récemment venu voir une des pièces que je montais avec mes élèves à l'école. Et je suis allée le voir, à mon tour, dans un de ses spectacles. Quand on se retrouve quotidiennement sur un plateau, le public a l'impression que l'on est très proches. Il nous arrive d'en être nous-mêmes persuadés. Puis, une fois que le trounage est terminé on se rend compte qu'on n'avait rien en commun avec la plupart de ses partenaires. Seuls Gregg et moi, par une commune passion pour le théâtre, sommes restés très proches.
Cine Tele Revue : Que faites-vous depuis la fin du tournage de "l'Equipée du Poney Express" ?
Yvonne Suhor : Je suis retournée à l'école. J'enseigne l'art dramatique, la façon de poser sa voix, la chorégraphie du mouvement. Même l'art de feindre un combat sur scène. Enseigner a toujours été mon ambition.
Cine Tele Revue : Rêvez-vous, comme beaucoup d'acteurs de télévision, de passer un jour au cinéma ?
Yvonne Suhor : Je ne refuse jamais une offre, mais j'ai tendance à vivre l'aventure de ma vie au jour le jour. Pour le moment, mon aventure, c'est le professorat. Mais je reste disponible pour toute autre expérience.
Cine Tele Revue : Combien d'élèves avez-vous ?
Yvonne Suhor : J'ai quatorze étudiants dans une classe, dix-huit dans une autre. Ils ont entre 18 et 20 ans.
Cine Tele Revue : Quels sont les acteurs américains avec lesquels vous aimeriez bien tourner ?
Yvonne Suhor : Steve Buscemi. Un second rôle extraordianaire, que vous aurez peut-être aperçu dans "Reservoir dogs" et "The Hudsucker proxy", le nouveau film de Paul Newman. Nicolas Cage aussi. C'est un de mes acteurs favoris. Et Christian Slater. Et surtout Johnny Depp. En réalité, j'aime tous les acteurs un peu en décalage, hors normes, vulnérables. Les canons de beauté et les acteurs à la mode ne m'intéressent pas.
Cine Tele Revue : Et parmi les acteurs français, y en a-t-il un qui vous séduit tout particulièrement ?
Yvonne Suhor : Oui, Gérard Depardieu. J'ai vu "Green Card", mais j'ai adoré "Cyrano de Bergerac". Je n'ai même pas dû lire les sous-titres. Je connais la pièce d'Edmond Rostand par coeur. J'aimerais bien un jour tourner "Tartuffe" ou un autre classique français avec Depardieu. Il vit tellement ses personnages.
Cine Tele Revue : Où en êtes-vous dans votre vie sentimentale ?
Yvonne Suhor : Je suis tombée amoureuse il y a un mois. Il s'appelle George, mais je l'appelle indifféremment Gyorgy ou Jorge. Il est étudiant dans l'école où j'enseigne. Mais ce n'est pas un de mes élèves. Jamais je n'oserais draguer un de mes élèves. Que dire après un mois ensemble, sinon que tout est beau et merveilleux ?
Cine Tele Revue : Vous avez toujours été célibataire ?
Yvonne Suhor : Non, j'ai été mariée autrefois. Pendant 2 ans. Avec un profeseur de droit commercial de Chicago. Je ne le regrette nullement, mais nos intérêts étaient trop divergents.
Cine Tele Revue : Quel est votre type d'homme idéal ?
Yvonne Suhor : Je les aime entreprenants, stimulants, bourrés de punch, beaux à regarder, mais surtout animés d'une vie intérieure. J'aime quelqu'un qui sait prendre des décisions et, au besoin, me guider, même vers l'inconnu. Je ne supporte pas les hommes immatures et infantiles, mais je ne déteste pas un homme qui a un "ego" surdéveloppé et qui m'oblige à me battre et à l'affronter. Mais ce qui me plait par dessus tout, c'est quelqu'un qui partage. Ses pensés comme le reste. Qui n'a pas de secret pour l'être aimé. George est de ceux-là. C'est un gars spontané, immédiat, et en plus, très très sexy.
Cine Tele Revue : Vous êtes du genre romantique ?
Yvonne Suhor : Non, pas du tout. Les soupers aux chandelles et les balades sur la plage au clair de lune, très peu pour moi. Je préfère le jeu, l'amusement, le rire. De ce point de vue-là, je suis resté très gamine. Ce que j'aime en amour, c'est anticiper les désirs et les besoins de l'autre. Du temps où j'étais serveuse dans un McDo, j'allais au devant des désirs de mes clients. Je devinais qui préférait le ketchup et qui ne jurait que par la moyonnaise. En amour, c'est pareil. George est plus romantique que moi. Il aime m'apporter des fleurs. Mais il m'offrirait une brosse à dents ou un peigne, je serais tout aussi heureuse.
Cine Tele Revue : Que pensez-vous des mouvements de libération de la femme ?
Yvonne Suhor : Je n'en pense rien. Je suis plus humaniste que féministe. Je crois en la liberté de l'esprit. Le sexe est hors de propos. Les femmes ne doivent pas être séparées de leur nature humaine. Quoique je pense qu'il faille sérieusement s'attaquer à des problèmes comme le harcèlement sexuel et la discrimination dans les milieux professionnels.
Cine Tele Revue : Les femmes sont-elle devenues les égales des hommes ?
Yvonne Suhor : Pourquoi les femmes devraient-elles devenir les égales des hommes, puisqu'elles leur ont toujours été supérieures. Supérieures intellectuellement, supérieures émotionnellement, et supérieures physiquement parce que nous sommes les seules à pouvoir porter les enfants. Les femmes ont tout simplement besoin de se donner les moyens d'exercer leur supériorité naturelle. Tout le problème est là.
Cine Tele Revue : Les femmes ne vont-elles pas trop loin dans le domaine de l'érotisme et de la sexualité ?
Yvonne Suhor : Pas du tout. Que dire alors des hommes qui n'hésitent pas à faire valoir la part féminine de leur nature, qui s'affichent nus sur les murs des villes ou sur la scène et se caressent l'entre-jambes pour séduire leur public ?
Cine Tele Revue : Que pensez-vous de la nudité à l'écran et à la télévision ?
Yvonne Suhor : Aux Etats-Unis, elle n'existe pas. Nous sommes bien trop pudibonds. Mais elle ne me gêne pas dans la mesure où elle sert l'hsitoire. Regardez "La liste de Schindler".
Cine Tele Revue : Que représente pour vous la famille ?
Yvonne Suhor : J'ai quatre frères et six soeurs, et la famille est, pour moi, le fondement même de mon existence. La famile, c'est notre histoire, nos racines. Mais je n'en suis pas pour autant dépendante.
Cine Tele Revue : Quels sont vos désirs les plus chers ?
Yvonne Suhor : Voyager, connaitre le monde et les gens. C'est la seule façon de nous préserver des nationalismes et des racismes.

Source: Cine Tele Revue n25 du 23 Juin 1994
Journaliste : Paul Wallace.

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